Shadokologie


Shadokologie - note d'intention
1ère séance

1ère séance

Le jeudi 13 juin 2013 à 19h00
Rue de Bourg 19, à Lausanne (salle de projection dans les combles)

Intervention de Jean-Michel Baconnier
La 2D comme vecteur de la cosmogonie shadokienne

Pour notre première séance de shadokologie, nous nous proposons de traiter du rôle de l'image – en tant que surface bidimensionnelle – dans la construction de la cosmogonie schadokienne. Nous essayerons de voir comment la 2D agence toute une physique vectorielle. Ceci en partant du fait que la surface de l'image et le médium lui-même (le film d'animation) sont parties prenantes de la destinée shadokienne dont les événements qui l'animent se succèdent sur la bande de la pédicule. D'ailleurs, durant la dernière saison, les Shadoks prennent conscience que l'ensemble de leur archive et de leur avenir est tracé sur le « Grand Rouleau » qui défile à l'aide de la « pompe à temps » ayant l'allure d'une visionneuse de montage.

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Shadokologie - note d'intention


Les Shadoks, comme on le sait, sont les personnages principaux d'une série télévisée d'animation portant le même nom. Ces créatures aux comportements monomaniaques (elles passent leur temps à pomper pour améliorer leur quotidien) furent inventées par Jacques Rouxel en 1965. Le premier épisode (sur les 208 qui suivront) a été diffusé sur la première chaîne de l'ORTF, le 29 avril 1968 à 20h30. Très rapidement, les pérégrinations shadokiennes font polémiques et divisent les téléspectateurs français alors pris dans les événements de mai 68 et les ruptures socio-générationnelles. Si certains adhèrent à l'idée que l'absurdité peut être le mode de développement d'un monde (et questionne du même coup le fonctionnement du nôtre), d'autres y voient une ode à la bêtise ne pouvant qu'aboutir au déclin de l'intelligence du jeune public. La deuxième saison de la série tient d'ailleurs compte de ce clivage et se propose d'éduquer les Shadoks aux sciences et à la culture, toujours en passant par le prisme de l'absurde, ce qui a pour effet d'engendrer une logique paradoxale – de renversement – propre à ces créatures, dont le Professeur Shadoko est le maître à penser.

Par conséquent, en dehors du fait que ces bestioles anthropomorphes à l'allure d'oiseaux échassiers furent un phénomène télévisuel pour une ou deux générations, la dimension absurde de cette série nous semble intéressante à plusieurs niveaux. Et ceci en partant du principe que l' « absurde » est un moyen d'opérer une discordance entre ce qui est attendu et ce qui est produit par l'expérience. Ce décalage induit toute la cosmogonie shadokienne et la logique de son fonctionnement (cosmologie). Dès lors, nos rencontres au sein du « Home Cinéma » tenteront de mettre en lumière : les spécificités de l'univers bidimensionnel schadokien dont découle leur cosmogonie ; l'évolution du monde shadokien, les connaissances qu'ils en tirent et la transmission des savoirs par les instances shadokiennes ; l'importance du diagramme pour envisager un monde vectoriel ; la construction de l'environnement social, politique et historique des Shadoks basé sur une logique propre ; le rôle du téléspectateur dans la série et l'effet réflexif sur notre condition humaine induit par l'absurdité shadokienne ; le place de l'image en tant que support d'un univers en surface et comme interface entre des mondes de diverses dimensions ; etc.

En outre, le graphisme minimal de cette série d'animation est aussi dû à l'utilisation de l'animographe. L'équipe de Rouxel a été conviée à utiliser le prototype de cet appareil développé principalement par Jean Dejoux au sein du Service de Recherche de la RTF (qui deviendra l'ORTF en 1964), en lien avec l'IRCAM, dirigé à l'époque par Pierre Schaeffer. L'animographe est une machine destinée à la réalisation rapide et simple de dessins animés. La surface de dessin étant très réduite (70 mm de large), elle ne permettait pas l'exécution d'un graphisme complexe. L'aspect filaire des Shadokes convenait très bien à la configuration de cette machine et répondait à ses contraintes. De plus, Jacques Rouxel revendiquait la deuxième dimension comme un élément essentiel au Shadok.

Une proposition de Jean-Michel Baconnier

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