Trucages et effets spéciaux


Programme II - 6 au 8.11.2015 : trucages et effets spéciaux
Programme I - 27.11.2014 : du truc aux effets spéciaux
Attraction - distraction - note d'intention

Programme II - 06 au 08.11.2015

Trucages et effets spéciaux
Projections et conférences
Programmation : Jean-Michel Baconnier et Geneviève Loup

L'Association Trafic propose trois jours de conférences et de projections sur les trucages et les effets spéciaux au Cinéma Bellevaux. Issu d’une recherche en cours, ce programme explore les formes et usages variés d’effets optiques et sonores à partir de films de fiction et d’oeuvres d’art vidéo. Les enjeux et le potentiel esthétique d’artifices techniques seront interrogés au travers de la prestidigitation, de la mécanique cinématographique et des technologies numériques.

Avec les interventions de Stéphane Collignon, Julien Dumont, Réjane Hamus-Vallée, Christian Marclay et Enrico Pitozzi.

Et les films de Michelangelo Antonioni, Michael Crichton, Brian De Palma, Nathan Juran, Steven Lisberger, Christian Marclay, Christopher Nolan, Mamoru Oshii et Michael Snow.

Il s’agit pour nous de poursuivre nos interrogations sur les trucages et les effets spéciaux à travers la notion d’attraction ou disons, plus précisément, sur des opérations de (re)configuration qui attirent ou qui repoussent l’attention du spectateur dans une dynamique entre le film et la salle.

Comme l’écrit Eisenstein, «… Aucun autre art, dans le cours de toute son histoire, ne fournit d’exemple d’un passage dynamiquement aussi parfait (et cela, dans le cours d’un mouvement réel) de la surface au volume et du volume à la surface, chacun venant s’insérer dans l’autre pour y coexister dans la simultanéité.»*

Ces effets que nous pourrions qualifier de «spéciaux» permettent donc d’engendrer des allers et retours projectifs (synchronisation, désynchronisation, feedbacks, dédoublement, désorientation, uncanny, etc.) entre l’espace-temps du film et celui de la salle.
Ce dialogue spatiotemporel dynamique (et non cinématique), allant au-delà et en deçà de l’écran, entre le «corps» de l’acteur comme instrument d’une action et les «techniques du corps» (habitus) du spectateur (types d’écoute, manières de regarder, postures physiques, etc.) pour reprendre les termes de Marcel Mauss, nous invite, en ébranlant nos repères physiques et mentaux, à réfléchir aux enjeux esthétiques de cette économie, mais aussi sur ses potentialités à créer de nouveaux rapports anthropologiques et sociaux.

Sur ce point, Tom Gunning rappelle que :

«Marinetti et Eisenstein avaient compris [qu’à travers l’attraction des effets visuels] ils puisaient dans une source d’énergie qui demanderait à être concentrée et intensifiée pour accomplir ses potentialités révolutionnaires.»**

En outre, il s’agit aussi de saisir l’implication de la technique et de la technologie qui, par le biais de procédés (du truc aux effets visuels et sonores), permettent de générer ces stratégies de décentrement des corps (aussi bien celui de l’acteur que celui du spectateur) au niveau visuel, sonore, kinesthésique et vestibulaire (équilibre). En ce sens l’ensemble des composants (objet ou sujet) serait des actants de ces modes d’existence (reste à voir si c’est dans le sens «[non]constructiviste» de Collon et Latour). Comme le mentionne Enrico Pitozzi en repartant des recherches d’Etienne-Jules Marey :

«On peut dire que la question n’est pas l’analyse du corps en mouvement, mais du mouvement dans le corps, et ainsi d’arriver à créer de nouvelles formes de corporéité.»***

Cette économie dynamique entre le film et la salle, l’acteur et le spectateur est d’autant plus «plastique» qu’elle trouve son agencement dans la porosité du réel, de la fiction et du virtuel ; les passages de la 2D (surface de l’écran, monde diégétique) à la 3D (réel) ; et les rapports d’échelle entre les corps qu’ils soient en chair et en os, une machine (mécanique, automate) ou un « effet de présence » (de la représentation [graphique, analogique ou numérique] à la motion capture en passant par la rotoscopie).


* Sergueï Eisenstein, Réflexion d’un cinéaste, Editions de Moscou, 1958, p.161.
** Tom Gunning, «Le Cinéma d’attraction : le film des premiers temps, son spectateur, et l’avant-garde», 1895, Mille huit cent quatre-vingt-quinze [En ligne], 50|2006, p. 65.
*** «Topologie des corps : perception, présence, figurations du mouvement», dans La capture de mouvement ou le modelage de l’invisible, Marco Grosoli et Jean-Baptiste Massuet (dir.), PUR, 2014, p. 102.


Vendredi 6 novembre 2015 :

14h00-15h45 : Michelangelo Antonioni, Blow-Up (1966, 106', 16/16 ans)

16h00-18h00 : Brian De Palma, Blow Out (1981, 108’, 16/16 ans)

20h30-23h00 : Présentation d’Up and Out par Christian Marclay
                      Projection de l’oeuvre (1998, vidéo, 110’, 16/16 ans)

Samedi 7 novembre 2015 :

10h30-12h00 : Nathan Juran, Le Septième Voyage de Sinbad (1958, 88’, 8/10 ans)

13h30-15h00 : Steven Lisberger, Tron (1982, 96’, 10/10 ans)

15h30-17h00 : Conférence de Réjane Hamus-Vallée : Du trucage aux effets visuels,
                      vers une définition de l'effet spécial


17h30-19h00 : Conférence de Stéphane Collignon: La vérité est dans l’oeil du spectateur

21h00-23h30 : Christopher Nolan, Le Prestige (2006, 130’, 12/12 ans)

Dimanche 8 novembre 2015 :

10h30-12h00 : Mamoru Oshii, Avalon (2001, 107’ 14/16 ans)

13h30-15h00 : Michael Crichton, Mondwest (1973, 88’, 16/16 ans)

15h30-17h00 : Présentation de trucages et d'effets spéciaux réalisés par Julien Dumont

17h30-19h00 : Conférence de Enrico Pitozzi: La trace du fantôme. Mouvement et figuration de présence

21h00-23h00 : Michael Snow, *Corpus Callosum (2001, 91’, 16/16 ans)


Entrée libre
Programme sous réserve de modifications
Plus d'informations prochainement

Lieu de l'événement :
Cinéma Bellevaux
Rte Aloys-Fauquez 4
CH – 1018 Lausanne

En partenariat avec le Cinéma Bellevaux à Lausanne
Avec le soutien de la Ville de Lausanne, l'Etat de Vaud, la Loterie Romande et le Pour-cent culturel Migros.

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Programme I - 27.11.2014

Le cinéma des premiers temps captive l’attention par une manifestation visuelle qui vise l’effet plus que le scénario. Alors que les savoir-faire scénique et optique des tours de magie fascinent, les démonstrations d’expériences scientifiques, des techniques du spectacle, ainsi que des trucages cinématographiques et télévisuels explorent le potentiel esthétique d’images jamais vues. Cette première partie du programme propose, de façon achronologique, un échantillonnage non exhaustif de ces gestes.

Jean-Christophe AvertyLa Boîte à malices
Émission du 30 septembre 1973, ORTF, 1ère chaîne, 25’45’’

Animée par Georges de Caunes, cette émission propose aux membres de deux familles d’investir les métiers de la télévision en réalisant un reportage, assistés par les réalisateurs professionnels Agnès Delarive et Jean-Christophe Averty. À cette approche documentaire est confrontée la fantaisie du montage des émissions de variété qui fait voler en éclat les conventions formelles. Opéré par des trucages électroniques, ce «mouvement qui déplace les lignes» permet selon Averty « de poétiser la télévision ». Un technicien, Max Debrenne, démontre comment les masques et incrustations font coexister dans un même plan des corps hétérogènes, insérés dans des espaces dissociés, jeux de substitution qui rappellent les tours de Méliès.

Stuart ShermanSelections from the Eleventh Spectacle (The Erotic) and Eighth Spectacle (People's Faces)
1979, DVD NTSC, 20’

Stuart Sherman enchaîne de manière inattendue des gestes qui mettent en scène des objets du quotidien et leurs usages, numéros de démonstration réalisés sur une table pliante avec une précarité proche du spectacle de rue. Par ses tours qui font disjoncter l’économie du spectacle, l’artiste américain met en jeu ce qui attire l’attention, en redistribuant les rapports d’échelle et en amplifiant les actions peu remarquées.

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Attraction - distraction : du truc aux effets spéciaux – note d'intention

Dans le cadre d’une recherche intitulée Attraction – distraction : du truc aux effets spéciaux, il s'agit d'explorer, à travers différents registres de l’image animée (science-fiction, art vidéo, film d'auteur, série télévisée, etc.), des formes et usages variés de «trucages» visuels et sonores. Dès lors, nous avons convoqué les notions d'attraction et de distraction qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma. L'intérêt de l'attraction est d'autant plus prégnant que ce concept traverse les époques du 7ème art, que ce soit dans l'approche du montage chez Eisenstein que dans l'enchantement des blockbusters hollywoodiens. Cet écart de genres ne pouvait que s'envisager à travers des notions dont la portée a de réels impacts tant formels qu'intellectuels. Aussi, l'attraction sera confrontée à la distraction avec laquelle elle entretient une relation paradoxale. Dans ce prolongement, un certain nombre de questions se posent : Qu'est-ce que ces notions dévoilent et mettent en jeu, en dehors des stéréotypes véhiculés par l'entertainment, tant dans leurs convergences que leurs divergences? Quel type d'intensité serait générée pour quel type d'effet? Comment créer une distance critique avec ce qui attire notre attention?

Par conséquent, nous proposons au cinéma Bellevaux à Lausanne une série d'événements en relation à la problématique évoquée ci-dessus. Dans ce contexte, nous projetterons un éventail d'exemples destinés à un large public. Dans un second temps, ce corpus cinématographique nous servira de matériaux pour effectuer une recherche plus approfondie donnant notamment lieu à l'organisation de conférences et à la publication de textes sur ces questions.

Une proposition de Jean-Michel Baconnier et Geneviève Loup

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